Mal de dos depuis plus de six semaines : pourquoi il ne « passe » pas et quoi faire

Dernière mise à jour : il y a 1 jour
Ça fait sept semaines. Le matin, vous mettez vos bas assis sur le bord du lit, et l'idée de pelleter l'entrée vous serre déjà le ventre. Vous avez essayé le repos, le coussin chauffant et les comprimés de la pharmacie. Un mal de dos depuis plus de six semaines ne se règle plus comme un tour de rein de trois jours. À ce stade, on sait toutefois assez bien ce qui aide.
En bref • Entre 6 et 12 semaines, un mal de dos entre dans ce que l'INESSS appelle une période charnière. • Chez presque tout le monde, on ne trouve pas de cause précise. Sans signal d'alerte, l'imagerie n'est pas recommandée. • L'exercice est le traitement principal selon l'INESSS. Le repos strict n'aide pas. • Le meilleur exercice est celui qui est adapté à votre condition et que vous allez faire. • Certains signes exigent de voir un médecin rapidement (liste en fin de texte).
Pourquoi mon mal de dos ne passe-t-il pas après six semaines?
L'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS) classe la lombalgie selon sa durée. Moins de six semaines, elle est aiguë. De 6 à 12 semaines, elle est subaiguë, une période que l'INESSS décrit comme charnière. Au-delà de 12 semaines, on parle de lombalgie chronique ou persistante.
Ce cap compte. La plupart des gens qui ont un nouvel épisode de mal de dos se rétablissent vite, comme le rappelle une grande série d'articles publiée dans The Lancet en 2018. Si la douleur est encore là après six semaines, vous n'êtes donc plus dans le scénario le plus fréquent. Ça ne veut pas dire que c'est grave, seulement qu'attendre ne suffit plus.
Chez presque toutes les personnes qui ont mal au bas du dos, il est impossible de trouver une cause précise, ce qui surprend souvent. On parle alors de lombalgie « non spécifique ». Votre douleur est bien réelle, mais elle ne vient pas forcément d'un disque abîmé ou d'une vertèbre déplacée.
Les chercheurs ont repéré ce qui augmente le risque que la douleur s'installe. Il y a d'abord une douleur très forte au départ. Il y a ensuite la détresse psychologique, puis le fait d'avoir mal à plusieurs endroits du corps. Les auteurs du Lancet ajoutent que, quand la douleur persiste, la façon dont le système nerveux règle la douleur joue un rôle, tout comme ce qu'on pense de sa douleur.
Dernier constat de la même série : les récidives sont fréquentes. Même quand la douleur s'en va, elle a tendance à revenir. C'est une raison de plus pour garder un dos fort une fois la crise passée, au lieu d'arrêter les exercices dès que ça va mieux.
Faut-il passer une radiographie ou une IRM pour un mal de dos qui dure?
C'est souvent la première question. Sans signal d'alerte, la réponse des lignes directrices est non. L'INESSS ne recommande pas l'imagerie pour une lombalgie, avec ou sans douleur dans la jambe, quand aucun drapeau rouge n'est présent. Les lignes directrices britanniques (NICE NG59) disent la même chose.
Les images montrent en effet beaucoup de choses qui ne font pas mal. Une revue de 33 études a examiné le dos de plus de 3 000 personnes qui n'avaient aucune douleur. Un disque « usé » était visible chez plus du tiers des personnes de 20 ans et chez presque toutes celles de 80 ans. Selon les auteurs, une bonne partie de ces images relève du vieillissement normal.
Certaines images, comme une hernie, sont toutefois un peu plus fréquentes chez les gens de 50 ans et moins qui ont mal. Mais une image ne dit pas pourquoi vous avez mal aujourd'hui, ni quoi faire demain.
À la place, on s'appuie sur l'examen clinique. Vos réponses aux questions et la façon dont vous bougez permettent de repérer les signes d'alerte et de choisir un point de départ. L'INESSS demande d'ailleurs aux cliniciens d'expliquer à leurs patients pourquoi une image n'est pas nécessaire. Vous pouvez donc demander pourquoi à votre médecin.
L'imagerie redevient utile dans des cas précis : signes d'alerte, évolution défavorable malgré un vrai traitement actif, ou chirurgie envisagée. C'est à votre médecin d'en décider.
Qu'est-ce qui aide vraiment une lombalgie persistante?
Pour l'INESSS, l'exercice physique est le traitement principal pour qu'une lombalgie non spécifique évolue bien. Tout type d'activité physique adapté à votre condition et à vos préférences peut être recommandé.
Du côté des études, la revue Cochrane de 2021 a regroupé 249 essais sur la lombalgie chronique. Les études sont nombreuses et vont dans le même sens, avec une certitude jugée modérée : l'exercice réduit la douleur plus que l'absence de traitement ou les soins habituels. L'effet est réel, sans être miraculeux. Sur la capacité à faire ses activités, le gain moyen est plus petit. Les effets indésirables rapportés sont surtout mineurs, comme des courbatures.
Chez nous, un programme pour un dos qui dure comprend souvent :
des exercices de force pour les hanches, les cuisses et le tronc, avec une charge qui augmente peu à peu;
de la marche ou un autre effort d'endurance que vous aimez;
la reprise graduelle des gestes qui vous font peur, comme vous pencher ou soulever un sac d'épicerie;
des explications sur ce qui se passe dans votre dos, pour que bouger cesse d'être inquiétant.
Les lignes directrices NICE acceptent la thérapie manuelle, mais seulement à l'intérieur d'un plan qui comprend de l'exercice. Elle s'ajoute au travail actif sans le remplacer.
Les mêmes lignes directrices proposent aussi de combiner l'approche physique avec une approche psychologique de type cognitivo-comportemental. Elles demandent enfin de favoriser le retour au travail et aux activités normales. Le but est de reprendre votre vie pendant que la douleur diminue, sans attendre qu'elle soit à zéro.
Faut-il se reposer quand on a mal au dos depuis des semaines?
Non. L'INESSS demande aux cliniciens d'expliquer à leurs patients que rester inactif ou au repos strict ne soulage pas la douleur lombaire. Il range même parmi les facteurs qui favorisent la chronicité la croyance selon laquelle le repos serait la meilleure solution.
L'INESSS nomme aussi la kinésiophobie, c'est-à-dire limiter ses activités ou certains mouvements par peur d'avoir mal. On évite de se pencher, puis de jardiner, puis de marcher longtemps. Moins on bouge, plus chaque geste semble risqué. Ce cercle entre la peur et l'évitement fait partie des facteurs de chronicité que l'INESSS demande de repérer.
Bouger avec un mal de dos ne veut pas dire tout faire d'un coup. Prenons un exemple fictif, mais typique. Une résidente de Sainte-Thérèse n'ose plus pelleter depuis sa crise de l'hiver dernier. Son plan ne commence pas par l'entrée au complet. Il commence par des flexions de hanches avec un bâton, puis par le soulevé d'une pelle à moitié pleine, cinq fois. La charge et le nombre augmentent chaque semaine, selon ce que son dos tolère le lendemain.
Des courbatures sont possibles au début, comme dans les études. Un professionnel vous aide à trouver une dose que votre dos tolère, puis à l'augmenter.
Pour les médicaments, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien. Ce sont eux qui peuvent juger de ce qui convient à votre situation.
Que fait concrètement un kinésithérapeute pour un mal de dos qui dure?
À notre clinique de Rosemère, la kinésithérapie est offerte par Steven St-Pierre, kinésiologue spécialisé en thérapie manuelle et en troubles musculosquelettiques. La première rencontre commence par vos questions et votre histoire : depuis quand, ce qui aggrave, ce qui soulage, ce que vous avez cessé de faire. Steven vérifie ensuite les signes d'alerte et observe comment vous bougez. Il vous explique ce qu'il trouve, en mots simples. Le plan combine, selon vos besoins, des techniques manuelles et un programme d'exercices progressif. Ce programme est centré sur vos activités de tous les jours : pelleter, jardiner, jouer au golf, soulever vos petits-enfants. Les exercices sont ajustés d'une séance à l'autre selon votre réaction. Le stationnement est gratuit et l'entrée est de plain-pied, ce qui compte quand chaque marche fait mal.
Quand consulter, et qui
Allez à l'urgence ou composez le 9-1-1 si : • vous avez de la difficulté à retenir vos selles ou votre urine; • vous avez une douleur à la poitrine ou au ventre en plus de votre mal de dos. Voyez un médecin rapidement si : • vous ressentez une faiblesse dans les jambes; • vous avez de la fièvre; • votre mal de dos fait suite à une chute ou à un accident; • c'est votre premier mal de dos sévère et vous avez plus de 50 ans; • la douleur augmente, ou ne s'améliore pas après six semaines. Pour savoir où consulter, le 811 répond 24 heures sur 24. Pour un mal de dos qui dure sans signe d'alerte, la kinésithérapie ou la kinésiologie sont de bonnes portes d'entrée. Le traitement repose sur l'exercice progressif et la reprise de vos activités. Une autre discipline peut être préférable si vous venez de vous blesser. Une douleur récente après un faux mouvement relève souvent de la physiothérapie, offerte par nos partenaires membres de l'OPPQ. Si la douleur descend dans la jambe, parlez-en à votre médecin. En cas d'hésitation, notre page Qui consulter vous oriente. Ce texte résume ce que disent les lignes directrices et les études. Il ne remplace pas une évaluation de votre dos par un professionnel, et votre médecin reste la personne qui pose le diagnostic et gère vos médicaments.
Si votre dos vous limite depuis plus de six semaines, une évaluation en kinésithérapie permet de comprendre ce qui bloque et de bâtir un plan à votre mesure. Vous repartez avec des exercices précis et un ordre pour les reprendre.
Pour aller plus loin
Sources
Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Algorithme de prise en charge de la lombalgie avec ou sans douleur radiculaire, rapport, 2025. Lire le rapport
National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Low back pain and sciatica in over 16s: assessment and management (NG59), 2016, mis à jour en 2020. Lire la ligne directrice
Hartvigsen J. et coll. « What low back pain is and why we need to pay attention ». The Lancet, 2018. Consulter l'article
Hayden J. et coll. « Exercise therapy for chronic low back pain ». Cochrane Database of Systematic Reviews, 2021. Consulter la revue
Brinjikji W. et coll. « Systematic Literature Review of Imaging Features of Spinal Degeneration in Asymptomatic Populations ». American Journal of Neuroradiology, 2015 (en ligne en 2014). Consulter l'article ; et Brinjikji W. et coll. « MRI Findings of Disc Degeneration are More Prevalent in Adults with Low Back Pain than in Asymptomatic Controls: A Systematic Review and Meta-Analysis ». American Journal of Neuroradiology, 2015. Consulter l'article
Fiche santé « Mal de dos », diffusée par Santé Montérégie (renvoie à sante.quebec), consultée en octobre 2026. Lire la fiche
Gouvernement du Québec. « Info-Santé 811 ». Lire la page
L'équipe de Système Santé, Rosemère
Publié le 19 octobre 2026 · Dernière mise à jour : 19 octobre 2026


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