top of page

Douleur à l'épaule qui dure : tendinopathie, raideur ou autre chose?

Photo du rédacteur: Système  Santé
Système Santé
il y a 2 jours
8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Vous enfilez votre manteau et un éclair traverse l'épaule. La nuit, impossible de dormir sur ce côté. On vous a parlé de « tendinite » : vous avez mis de la glace, rangé votre raquette et attendu. Six semaines plus tard, cette douleur à l'épaule qui dure est toujours là, et lever le bras pour atteindre l'armoire reste pénible. Vous n'avez pas forcément mal soigné votre épaule. Souvent, c'est le mot « tendinite » qui mène vers la mauvaise solution.

En bref • Une épaule qui fait mal depuis des semaines, sans chute, vient souvent des tendons de la coiffe des rotateurs. • « Tendinite » est souvent le mauvais mot. Le consensus international parle de tendinopathie : un tendon qui tolère moins bien l'effort. • Le guide de pratique québécois recommande un programme actif d'exercices et d'explications, pas le repos seul. • Les images montrent souvent de l'usure chez des gens qui n'ont aucune douleur. • Une épaule qui se bloque dans toutes les directions est un cas à part. Une douleur à l'épaule avec un malaise à la poitrine exige le 9-1-1.

Pourquoi mon épaule fait-elle encore mal après des semaines?

La coiffe des rotateurs, c'est un groupe de quatre petits muscles et de leurs tendons qui tiennent la tête de l'os du bras centrée dans l'épaule. Les douleurs liées à cette coiffe sont la cause la plus fréquente de douleur à l'épaule.

Le scénario est souvent le même. Vous avez peint un plafond toute une fin de semaine, repris le badminton ou commencé un nouveau programme au gym, ou encore ramassé les feuilles pendant des heures. Le tendon a reçu plus de travail que ce à quoi il était habitué, et il le fait savoir.

Le consensus international sur les tendons (ICON, 2019) décrit la tendinopathie comme une douleur persistante du tendon, avec une perte de fonction, liée à la charge qu'on lui impose. Autrement dit, c'est surtout quand le tendon travaille qu'il fait mal : lever le bras, porter un sac, lancer.

Si ça ne passe pas tout seul, c'est que le repos fait baisser la douleur sans redonner au tendon sa capacité. C'est l'explication généralement retenue. Dès que vous reprenez vos activités, la charge redevient trop forte pour un tendon qui s'est déconditionné. Le cycle recommence.

Tendinite ou tendinopathie de l'épaule : quelle différence?

Le mot « tendinite » veut dire inflammation du tendon. Il évoque une brûlure à éteindre avec de la glace, du repos et des anti-inflammatoires. Or, dans les problèmes de tendon causés par une surcharge, les chercheurs observent peu d'inflammation au sens classique du terme. Le rôle exact de l'inflammation au niveau cellulaire reste toutefois discuté. C'est pourquoi le consensus ICON a retenu le terme « tendinopathie » pour une douleur de tendon qui persiste.

La différence n'est pas qu'une question de vocabulaire. Si on pense « inflammation », on cherche à calmer. Si on pense « tendon qui a perdu sa tolérance », on cherche à la reconstruire, avec une charge dosée qui augmente peu à peu. C'est cette deuxième logique que suivent les traitements recommandés.

Reste la radiographie ou l'échographie qui parle de « déchirure partielle » ou de « dégénérescence ». Une analyse de 30 études portant sur plus de 6 000 épaules montre que ces anomalies deviennent très fréquentes avec l'âge, avec ou sans douleur. On en trouvait chez environ une personne sur dix avant 20 ans, et chez plus de la moitié des personnes de 80 ans. Les auteurs concluent qu'elles font partie du vieillissement normal de l'épaule.

Le guide de pratique québécois sur les troubles de la coiffe des rotateurs va dans le même sens : l'imagerie n'est nécessaire que dans certaines situations précises. Votre médecin juge si c'est votre cas.

Quels exercices pour l'épaule aident vraiment?

Le guide québécois publié en 2022 recommande aux cliniciens de prescrire un programme de réadaptation actif, orienté vers les tâches de la vie courante. Ce programme combine des exercices et de l'éducation. Le but est de réduire la douleur et de retrouver vos capacités.

Toutes les façons de bouger ne se valent pas. Une revue d'essais cliniques a comparé deux familles d'exercices. Les exercices qui progressent et offrent une résistance (élastique, poids) ont montré un bénéfice possible. Les exercices sans progression ni résistance n'ont pas montré de bénéfice. Les auteurs précisent que la certitude est faible : il y a peu d'études et elles sont petites.

Ces données ont leurs limites. Les études sur l'exercice pour l'épaule sont souvent de faible qualité. Quand on compare l'exercice à des traitements passifs, à court terme, l'avantage n'est pas toujours démontré. Malgré tout, les lignes directrices placent l'exercice au centre, parce qu'il vise la cause du problème : la tolérance du tendon.

Les principes généralement suivis pour une tendinopathie de la coiffe sont simples :

  • réduire pour un temps les gestes qui irritent le plus, sans arrêter de bouger;

  • commencer par un exercice qui n'aggrave pas la douleur, par exemple tenir une poussée contre un mur sans bouger le bras;

  • augmenter la charge graduellement, avec un élastique puis des poids;

  • passer de mouvements simples à des gestes complexes, comme lever le bras au-dessus de la tête ou lancer;

  • comprendre ce qui se passe, parce que l'éducation fait partie du traitement.

Les médicaments contre la douleur et les infiltrations peuvent soulager à court terme, selon le guide québécois. Les médicaments se discutent avec votre médecin ou votre pharmacien; les infiltrations, avec votre médecin. Le soulagement peut faciliter les exercices, sans les remplacer.

Repos, chirurgie, infiltrations : que faut-il savoir avant de décider?

Le repos complet n'est pas le traitement d'une tendinopathie. On peut réduire temporairement les gestes les plus irritants, mais pas immobiliser l'épaule : un tendon qui ne travaille plus risque de perdre encore de sa tolérance.

Une chirurgie a longtemps été proposée pour « faire de la place » au tendon : la décompression sous-acromiale. Le guide québécois ne la recommande pas pour traiter une tendinopathie de la coiffe. La chirurgie reste appropriée pour certaines personnes qui ont une déchirure complète du tendon. C'est l'orthopédiste qui pose cette indication.

Et si l'épaule se bloque dans toutes les directions?

Certaines épaules, en plus de faire mal, raidissent. Vous ne pouvez plus vous attacher dans le dos, ni lever le bras de côté, même quand quelqu'un vous aide à le faire bouger. On pense alors à l'épaule gelée, ou capsulite. C'est une douleur qui apparaît sans raison évidente, avec une perte de mouvement dans toutes les directions.

L'épaule gelée est nettement plus fréquente chez les personnes diabétiques. Une méta-analyse estime que leur risque est plusieurs fois plus élevé, même si les études qui le montrent comportent des biais. Si vous êtes diabétique, mentionnez-le à votre médecin dès les premiers signes. Notre article sur le diabète de type 2 et l'exercice explique aussi comment bouger avec cette condition.

L'évolution d'une épaule gelée se compte souvent en mois. On la décrit généralement en trois phases, de la douleur à la raideur puis à la récupération. Ce modèle est toutefois débattu : certains chercheurs jugent qu'il ne s'applique pas à tout le monde. Les guides de pratique traitent la capsulite comme un problème distinct de la tendinopathie, avec ses propres options. Le diagnostic revient au médecin.

Que fait concrètement un kinésithérapeute pour une douleur à l'épaule qui dure?

À notre clinique de Rosemère, la kinésithérapie est offerte par Steven St-Pierre, kinésiologue spécialisé en thérapie manuelle et en troubles musculosquelettiques. Il commence par votre histoire : quand la douleur a commencé, quels gestes la réveillent, ce que vous avez cessé de faire. Il vérifie les signes qui demandent un médecin, puis teste la force et l'amplitude de votre épaule pour distinguer un tendon irrité d'une épaule qui raidit. Le plan part d'un exercice que votre épaule tolère aujourd'hui. Il progresse vers vos gestes de tous les jours : ranger la vaisselle en haut, servir au tennis, porter votre petit-fils. Des techniques manuelles peuvent s'ajouter pour faciliter le mouvement. Steven ajuste la charge d'une séance à l'autre selon la réaction de votre épaule le lendemain.

Quand consulter, et qui

Composez le 9-1-1 si votre douleur à l'épaule s'accompagne d'une douleur ou d'un serrement à la poitrine, d'essoufflement, de sueurs, de nausées ou d'étourdissements. Ce sont des signes possibles de crise cardiaque. Voyez un médecin rapidement si la douleur a commencé après une chute ou une traction soudaine. Même chose si vous n'arrivez plus à lever le bras ou si une faiblesse apparaît. Consultez aussi si votre épaule se bloque dans toutes les directions. En cas de doute, composez le 811, option 1, pour joindre rapidement une infirmière, 24 heures sur 24. Pour une épaule qui fait mal depuis des semaines, sans chute, la kinésithérapie est une bonne porte d'entrée. Le traitement repose sur l'exercice progressif et l'adaptation de vos activités. Une autre discipline peut être préférable pour une blessure toute récente. La physiothérapie, offerte par nos partenaires membres de l'OPPQ, est le bon premier choix dans ce cas. En cas d'hésitation, notre page Qui consulter vous aide à choisir. Ce texte explique ce que disent les guides de pratique et les études. Il ne remplace pas l'examen de votre épaule par un professionnel, et votre médecin reste responsable du diagnostic, de l'imagerie et des médicaments.

Si votre épaule vous limite depuis des semaines, une évaluation en kinésithérapie permet de savoir si le tendon est en cause et de bâtir un plan de reprise. Vous repartez avec un premier exercice adapté à votre épaule.



Pour aller plus loin

Sources

  1. Lafrance S. et coll. « Diagnosing, Managing and Supporting Return to Work of Adults with Rotator Cuff Disorders: A Clinical Practice Guideline ». Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2022 (guide élaboré pour le contexte québécois). Consulter le résumé

  2. Scott A. et coll. « ICON 2019: International Scientific Tendinopathy Symposium Consensus: Clinical Terminology ». British Journal of Sports Medicine, 2019. Consulter le résumé

  3. Naunton J. et coll. « Effectiveness of progressive and resisted and non-progressive or non-resisted exercise in rotator cuff related shoulder pain ». Clinical Rehabilitation, 2020. Consulter le résumé

  4. Teunis T. et coll. « A systematic review and pooled analysis of the prevalence of rotator cuff disease with increasing age ». Journal of Shoulder and Elbow Surgery, 2014. Consulter le résumé

  5. Dyer B. et coll. « Diabetes as a risk factor for the onset of frozen shoulder: a systematic review and meta-analysis ». BMJ Open, 2023. Consulter le résumé

  6. Cœur + AVC (Fondation des maladies du cœur et de l'AVC du Canada). Liste de vérification d'urgence cardiaque, 2021. Lire la liste

  7. Gouvernement du Québec. « Info-Santé 811 ». Lire la page

  8. Zhang W. et coll. « Effects of seven types of exercise in the treatment of rotator cuff-related shoulder pain (RCRSP): a systematic review and Bayesian network meta-analysis ». Journal of Orthopaedic Surgery and Research, 2025. Consulter le résumé

  9. Cardoso T.B. et coll. « Current trends in tendinopathy management ». Best Practice & Research Clinical Rheumatology, 2019. Consulter le résumé

  10. Maffulli N. et coll. « Overuse tendon conditions: time to change a confusing terminology ». Arthroscopy, 1998. Consulter le résumé

  11. Millar N.L. et coll. « Tendinopathy ». Nature Reviews Disease Primers, 2021. Consulter le résumé

  12. Liu J. et coll. « Effectiveness of exercise therapy versus passive conservative treatments for rotator cuff-related shoulder pain: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials ». Musculoskeletal Science and Practice, 2026. Consulter le résumé

  13. Lewis J. « Rotator Cuff Tendinopathy: Navigating the Diagnosis-Management Conundrum ». Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2015. Consulter le résumé

  14. Griesser M.J. et coll. « Adhesive capsulitis of the shoulder: a systematic review of the effectiveness of intra-articular corticosteroid injections ». Journal of Bone and Joint Surgery (American Volume), 2011. Consulter le résumé

  15. Abrassart S. et coll. « 'Frozen shoulder' is ill-defined. How can it be described better? ». EFORT Open Reviews, 2020. Consulter le résumé

  16. Lowry V. et coll. « A Systematic Review of Clinical Practice Guidelines on the Diagnosis and Management of Various Shoulder Disorders ». Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 2024. Consulter le résumé

L'équipe de Système Santé, Rosemère

Publié le 19 octobre 2026 · Dernière mise à jour : 19 octobre 2026

Commentaires


bottom of page