Sciatique : la douleur qui descend dans la jambe et ce qu'on peut faire

Ça a commencé par un mal de dos ordinaire. Puis la douleur a glissé dans la fesse, derrière la cuisse, parfois jusqu'au mollet. Après vingt minutes en auto sur l'autoroute 15, vous avez hâte de sortir pour vous étirer. Une sciatique fait peur parce qu'elle touche un nerf. Pourtant, dans la plupart des cas, elle s'améliore, et vous pouvez y contribuer activement.
En bref • Une sciatique est une douleur qui descend du bas du dos vers la jambe parce qu'une racine nerveuse est irritée, le plus souvent par une hernie discale. • La plupart des gens s'améliorent, mais une partie importante garde des symptômes après un ou deux ans. • Beaucoup de hernies diminuent d'elles-mêmes avec le temps, surtout les plus grosses. • Sans signal d'alerte, l'IRM n'est pas recommandée au départ. Rester actif l'est. • Une perte de contrôle de la vessie ou des intestins, ou une faiblesse qui s'aggrave dans la jambe, exige une consultation d'urgence.
Qu'est-ce qu'une sciatique, au juste?
L'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS) parle de douleur radiculaire. C'est une douleur généralement attribuable à l'atteinte d'une racine nerveuse, une des branches de nerf qui sortent de la colonne. Dans la sciatique, cette douleur part du bas du dos et descend dans la jambe. Une revue publiée dans le BMJ en 2007 en fait le symptôme principal : une douleur qui irradie dans la jambe, avec les limitations qu'elle entraîne.
Selon la même revue, environ 90 % des sciatiques sont causées par une hernie discale qui comprime une racine nerveuse. Le disque est le coussin placé entre deux vertèbres. Une hernie, c'est une partie de ce coussin qui sort de sa place et vient irriter le nerf voisin.
Une hernie discale, est-ce que ça guérit tout seul?
C'est souvent la première inquiétude. La réponse est rassurante, avec des nuances.
D'abord, l'évolution est favorable chez la plupart des gens, mais elle prend souvent des mois. La même revue du BMJ indique qu'environ 20 à 30 % des personnes ont encore des problèmes après un ou deux ans. Une étude anglaise plus récente a suivi 609 personnes vues par leur médecin de famille pour une douleur dans la jambe. Un an plus tard, un peu plus de la moitié s'étaient nettement améliorées. La majorité va donc mieux, mais une sciatique qui traîne n'est pas rare.
Ensuite, la hernie elle-même peut diminuer. Une revue systématique publiée en 2014 a regroupé des études où des personnes traitées sans chirurgie avaient passé une deuxième imagerie. La probabilité que la hernie régresse dépendait de son type. Elle était d'environ 96 % quand un fragment du disque s'est détaché, et de 70 % quand la hernie déborde nettement du disque. Elle tombait à 41 % pour une petite hernie qui dépasse à peine (une protrusion), et à 13 % pour un simple bombement. Paradoxalement, ce sont donc souvent les hernies les plus spectaculaires à l'image qui régressent le plus. Ces chiffres viennent d'un petit nombre d'études, et il faut les lire comme des ordres de grandeur.
Quant à la chirurgie, selon la revue du BMJ, une opération peut soulager la douleur à la jambe plus vite que le traitement sans chirurgie. Après un ou deux ans, par contre, on ne trouve pas de différence claire entre les deux. Les lignes directrices britanniques (NICE NG59) proposent d'envisager une chirurgie quand le traitement sans chirurgie n'a pas amélioré la douleur ou la fonction. C'est une décision à prendre avec votre médecin et le chirurgien.
Faut-il passer une IRM pour une sciatique?
Sans signal d'alerte, non, pas au départ. L'INESSS ne recommande pas l'imagerie pour une lombalgie avec ou sans douleur radiculaire quand aucun drapeau rouge n'est présent. Les lignes directrices britanniques vont dans le même sens.
C'est que l'imagerie montre des hernies chez beaucoup de gens qui n'ont aucune douleur. Une revue de 33 études a examiné le dos de plus de 3 000 personnes sans mal de dos. Une protrusion, cette petite hernie qui dépasse du disque, était visible chez 29 % des personnes de 20 ans et chez 43 % de celles de 80 ans. Voir une hernie sur une image ne prouve donc pas que c'est elle qui fait mal.
L'imagerie redevient utile dans des situations précises, selon l'INESSS : présence de drapeaux rouges, évolution défavorable malgré le traitement, ou intervention envisagée. Votre médecin en décide.
Faut-il rester couché quand on a une sciatique?
Non. Pour la sciatique, une revue Cochrane ne trouve pas d'avantage au conseil de rester au lit par rapport au conseil de rester actif. La revue du BMJ rappelle aussi que le repos au lit a été remplacé par des traitements plus actifs. Les lignes directrices NICE recommandent d'encourager la personne à poursuivre ses activités normales, et de favoriser le retour au travail. L'INESSS, dans son algorithme sur la lombalgie avec ou sans douleur dans la jambe, précise que le repos strict ou l'inactivité ne sont pas bénéfiques.
Rester actif, c'est trouver les positions et les activités que votre jambe tolère, sans endurer n'importe quoi, puis élargir ce cercle semaine après semaine.
Pour les médicaments, votre médecin et votre pharmacien sont les bonnes personnes. Les lignes directrices britanniques déconseillent d'ailleurs plusieurs médicaments pour traiter la sciatique. Parlez-en avec eux avant de commencer ou d'arrêter un traitement.
Quels exercices aident une sciatique, et comment doser la marche?
Pour la sciatique, les études sur l'exercice sont moins solides que pour le mal de dos sans douleur dans la jambe. Une revue systématique de 2022 a regroupé 18 essais portant sur près de 2 700 personnes. Tous les essais présentaient un risque de biais élevé ou incertain. Les auteurs concluent que ces données, très hétérogènes, ne permettent pas de faire des recommandations claires sur l'efficacité des traitements de physiothérapie. On ne sait simplement pas encore bien quel type d'exercice aide le plus, ni à quelle dose, ce qui ne veut pas dire que l'exercice ne sert à rien.
Les lignes directrices NICE proposent tout de même d'envisager un programme d'exercices en groupe pour un épisode de mal de dos avec ou sans sciatique. Elles acceptent la thérapie manuelle, mais seulement à l'intérieur d'un plan qui comprend de l'exercice.
En pratique, voici comment nous dosons l'activité avec une personne qui a une sciatique :
La marche d'abord, en courtes sorties. Si dix minutes passent bien et que vingt réveillent la jambe, on fait deux ou trois sorties de dix minutes par jour. Puis on allonge peu à peu.
La jambe sert de guide. Si la douleur descend plus bas dans la jambe pendant un exercice ou le lendemain, on réduit ou on change l'exercice. Si elle reste dans la fesse ou remonte vers le dos, c'est souvent bon signe.
Des positions de repos actives. On cherche avec vous les positions qui soulagent, pour les utiliser entre deux activités plutôt que de rester assis longtemps.
La force, ensuite. Quand la jambe se calme, on ajoute des exercices pour les hanches, les cuisses et le tronc, avec une charge qui augmente graduellement.
Prenons un exemple fictif, mais typique. Un résident de Blainville, technicien en informatique, ne tolère plus que quinze minutes assis. Son plan commence par des pauses debout toutes les quinze minutes et trois courtes marches par jour. Au fil des semaines, on allonge les marches et les périodes assises, puis on ajoute de la musculation légère.
Que fait concrètement un kinésithérapeute pour une sciatique?
À notre clinique de Rosemère, la kinésithérapie est offerte par Steven St-Pierre, kinésiologue spécialisé en thérapie manuelle et en troubles musculosquelettiques. Il commence par votre histoire : depuis quand, jusqu'où descend la douleur, ce qui l'aggrave, ce qui la soulage. Il vérifie ensuite les signes d'alerte, la force et la sensibilité de vos jambes, et observe comment vous bougez. Il vous explique ce qu'il trouve en mots simples, puis il bâtit un plan qui combine, selon vos besoins, des techniques manuelles et des exercices progressifs. Le plan est ajusté à chaque séance selon la réaction de votre jambe. Le stationnement est gratuit et l'entrée est de plain-pied, ce qui compte quand rester assis en auto est déjà un défi.
Quand consulter, et qui
Allez à l'urgence ou composez le 9-1-1 si : • vous avez de la difficulté à retenir vos selles ou votre urine, ou une perte de sensibilité entre les jambes ou autour de l'anus; • une faiblesse dans la jambe ou dans le pied apparaît ou s'aggrave rapidement; • vous avez une douleur à la poitrine ou au ventre en plus de votre mal de dos. Les deux premiers signes peuvent indiquer une compression grave des nerfs, comme le syndrome de la queue de cheval. Ces atteintes graves sont rares, mais elles doivent être évaluées sans délai. Voyez un médecin rapidement si : • vous ressentez une faiblesse dans les jambes; • vous faites de la fièvre; • votre douleur fait suite à une chute ou à un accident; • c'est votre premier mal de dos sévère et vous avez plus de 50 ans; • la douleur augmente, ou ne s'améliore pas après six semaines. Pour un problème non urgent, Info-Santé 811 (option 1) vous met en contact avec une infirmière, 24 heures sur 24. Pour une sciatique sans signe d'alerte, la kinésithérapie est une bonne porte d'entrée, en parallèle du suivi par votre médecin. Si la douleur est apparue après une blessure récente, la physiothérapie offerte par nos partenaires peut être préférable. En cas d'hésitation, notre page Qui consulter vous oriente. Ce texte résume ce que disent les études et les lignes directrices. Il ne remplace pas l'examen de votre dos et de vos jambes par un professionnel. Votre médecin reste la personne qui pose le diagnostic, prescrit l'imagerie et gère vos médicaments.
Si la douleur qui descend dans votre jambe vous limite, une évaluation en kinésithérapie permet de comprendre ce qui l'aggrave et de bâtir un plan à votre mesure. Vous repartez avec des exercices précis et une façon de doser vos activités.
Pour aller plus loin
Sources
Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Algorithme de prise en charge de la lombalgie avec ou sans douleur radiculaire. INESSS, 2025. inesss.qc.ca/…/Algorithme_Lombalgie_GN_INESSS.pdf
Koes B.W., van Tulder M.W., Peul W.C. Diagnosis and treatment of sciatica. BMJ, 2007. doi.org/10.1136/bmj.39223.428495.BE
Chiu C.-C. et coll. The probability of spontaneous regression of lumbar herniated disc: a systematic review. Clinical Rehabilitation, 2014. doi.org/10.1177/0269215514540919
National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Low back pain and sciatica in over 16s: assessment and management (NG59). NICE, 2016, mis à jour en 2020. nice.org.uk/guidance/ng59
Brinjikji W. et coll. Systematic Literature Review of Imaging Features of Spinal Degeneration in Asymptomatic Populations. American Journal of Neuroradiology, 2014. doi.org/10.3174/ajnr.A4173
Dove L. et coll. How effective are physiotherapy interventions in treating people with sciatica? A systematic review and meta-analysis. European Spine Journal, 2022. doi.org/10.1007/s00586-022-07356-y
Fiche santé Mal de dos, diffusée par Santé Montérégie (renvoie à sante.quebec), consultée en octobre 2026 (version de novembre 2025). santemonteregie.qc.ca/…/fichesante_maldos.pdf
Gouvernement du Québec. Info-Santé 811. Québec.ca, consulté en octobre 2026. quebec.ca/sante/trouver-une-ressource/info-sante-811
Konstantinou K. et coll. Prognosis of sciatica and back-related leg pain in primary care: the ATLAS cohort. The Spine Journal, 2018. doi.org/10.1016/j.spinee.2017.10.071
Dahm K.T. et coll. Advice to rest in bed versus advice to stay active for acute low-back pain and sciatica. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2010. doi.org/10.1002/14651858.CD007612.pub2
L'équipe de Système Santé, Rosemère
Publié le 20 octobre 2026 · Dernière mise à jour : 20 octobre 2026


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