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Tennis elbow sans jouer au tennis : la douleur au coude qui dure

Photo du rédacteur: Système  Santé
Système Santé
il y a 2 jours
6 min de lecture

Vous n'avez jamais tenu une raquette. Pourtant, depuis trois mois, la douleur au coude revient chaque fois que vous serrez une main, versez le lait ou vissez une étagère. Votre médecin a parlé d'épicondylite, le fameux tennis elbow. Le nom est trompeur : on peut en souffrir sans avoir jamais joué au tennis. Si la douleur traîne, c'est que ce problème guérit lentement, et non que vous faites quelque chose de travers.

En bref • L'épicondylite est une douleur sur le côté extérieur du coude, là où s'attachent les muscles qui relèvent le poignet. • Les outils lourds, les gestes répétés du poignet et les mouvements de vissage font partie des facteurs de risque. • La guérison se compte en mois : environ quatre personnes sur cinq vont mieux après un an, même si plusieurs gardent des symptômes. • Une infiltration de cortisone soulage à court terme, mais les résultats sont moins bons après un an et les récidives plus fréquentes. • Le traitement recommandé repose sur des exercices de résistance du poignet, avec une charge qui augmente graduellement.

Qu'est-ce que l'épicondylite, au juste?

L'épicondyle, c'est la petite bosse osseuse sur le côté extérieur du coude. Les muscles qui relèvent le poignet s'y attachent. Selon une ligne directrice américaine de 2022, la tendinopathie latérale du coude se caractérise par une douleur à cet endroit, au point d'attache de ces muscles. Une tendinopathie, c'est un tendon devenu douloureux et moins tolérant à l'effort. C'est le terme qu'utilise cette ligne directrice, plutôt qu'« épicondylite ».

Le surnom vient du tennis, mais la même ligne directrice nomme des facteurs de risque qu'on rencontre surtout dans la vie de tous les jours :

  • manipuler des outils lourds de plus de 20 kg;

  • faire des mouvements répétés de flexion et d'extension du coude ou du poignet plus de deux heures par jour;

  • faire des mouvements répétés de torsion ou de vissage de l'avant-bras;

  • avoir peu de contrôle sur son travail ou peu de soutien social au travail.

Pensez au menuisier de Sainte-Thérèse, à la coiffeuse ou à la personne qui jardine tout un printemps : leurs gestes ressemblent beaucoup à cette liste.

Pourquoi la douleur au coude dure-t-elle si longtemps?

L'épicondylite est souvent décrite comme un problème qui finit par passer tout seul. C'est en partie vrai, mais lentement. Dans un essai mené auprès de 266 personnes vues en médecine générale, 83 % allaient mieux après un an. La ligne directrice de 2022 rapporte pourtant que plus de la moitié des personnes qui consultent ont encore des symptômes après un an. Aller mieux ne veut donc pas dire ne plus rien sentir. Jusqu'à 20 % rapportent une douleur persistante trois à cinq ans plus tard. Les récidives sont aussi fréquentes.

Ce délai décourage, surtout quand on s'attendait à une guérison en quelques semaines. Il n'a pourtant rien d'anormal. Dans notre expérience, un retour trop rapide à une tâche lourde réveille souvent la douleur. C'est pourquoi nous planifions une progression qui se compte en mois.

Une infiltration de cortisone, bonne ou mauvaise idée?

C'est une question qu'on nous pose souvent. Une revue systématique publiée dans The Lancet en 2010 a regroupé les essais sur les infiltrations dans les tendinopathies. Pour l'épicondylite, la cortisone avait un effet important sur la douleur à court terme. À moyen et à long terme, par contre, c'est l'absence d'intervention qui donnait les meilleurs résultats.

Un essai publié dans le JAMA en 2013 a suivi des personnes qui avaient une épicondylite d'un seul côté. Après un an, 83 % de celles qui avaient reçu de la cortisone étaient guéries ou nettement améliorées, contre 96 % de celles qui avaient reçu une injection placebo. Les récidives touchaient 54 % du groupe cortisone, contre 12 % du groupe placebo. Les auteurs concluent que l'infiltration de cortisone était associée à de moins bons résultats après un an.

La cortisone peut donc soulager vite, ce qui peut aider dans une situation précise. Mais après un an, les résultats sont moins bons, et elle semble augmenter le risque que la douleur revienne. La décision d'en recevoir une se prend avec votre médecin, qui connaît votre situation et vos médicaments.

Quels exercices aident une épicondylite?

La ligne directrice de 2022 recommande des exercices de résistance pour les muscles qui relèvent le poignet, sous forme isométrique, concentrique ou excentrique, pour une épicondylite qui dure. Ce sont trois façons de faire travailler un muscle :

  • isométrique : le muscle forcit sans que le poignet bouge, par exemple en tenant un poids immobile;

  • concentrique : le muscle raccourcit en soulevant la charge;

  • excentrique : le muscle s'allonge en contrôlant la descente de la charge.

La ligne directrice classe cette recommandation comme appuyée par des preuves de niveau modéré, et non par la seule opinion d'experts. Une méta-analyse de 30 essais publiée en 2020 nuance : l'exercice fait mieux que les traitements passifs, mais l'avantage reste petit. La même ligne directrice recommande aussi, avec la même cote, des techniques de mobilisation ou de manipulation du coude pour réduire la douleur. Elle appuie enfin l'éducation, l'adaptation des gestes, l'équipement ergonomique et l'aménagement du poste de travail.

Et l'orthèse, la bande qu'on serre autour de l'avant-bras? Selon la ligne directrice, elle peut soulager pendant une activité qui aggrave la douleur, mais il s'agit d'une opinion d'experts. Pour le moyen et le long terme, les études se contredisent et aucune recommandation ne peut être faite.

En pratique, voici comment nous progressons souvent :

  1. Calmer sans arrêter. On réduit pour un temps les tâches qui réveillent la douleur, sans immobiliser le bras.

  2. Commencer par l'isométrique. Tenir une charge légère, poignet relevé, quelques secondes, plusieurs fois.

  3. Ajouter le mouvement. Monter et descendre lentement la charge, en contrôlant surtout la descente.

  4. Revenir aux gestes de tous les jours. Serrer, tourner, porter, visser, avec une charge qui augmente selon la réaction du coude le lendemain.

Une douleur légère pendant l'exercice peut être acceptable, à condition qu'elle se calme rapidement et que le coude ne soit pas plus douloureux le lendemain. C'est la règle que nous utilisons pour ajuster la dose.

Que fait concrètement un kinésithérapeute pour un coude qui dure?

À notre clinique de Rosemère, la kinésithérapie est offerte par Steven St-Pierre, kinésiologue spécialisé en thérapie manuelle et en troubles musculosquelettiques. Il commence par vos questions et votre histoire : depuis quand, quels gestes font mal, ce que votre travail ou vos loisirs demandent à votre bras. Il évalue ensuite la force de votre poignet et de votre main, et les mouvements de votre coude, de votre épaule et de votre cou. Le plan combine, selon vos besoins, des techniques manuelles et un programme d'exercices progressif. Il comprend aussi des conseils concrets pour adapter vos tâches, comme la façon de tenir un outil ou d'aménager votre poste. Le stationnement est gratuit et l'entrée est de plain-pied.

Quand consulter, et qui

La ligne directrice de 2022 insiste sur l'importance d'écarter d'abord les autres causes de douleur au coude. Voyez un médecin si : • la douleur a commencé après une chute ou un coup sur le coude; • le coude est très enflé, chaud ou rouge, ou vous avez de la fièvre; • vous avez des engourdissements ou une perte de force dans la main; • la douleur ne ressemble pas à celle décrite ici, ou vous n'êtes pas certain du diagnostic. Pour un problème non urgent, Info-Santé 811 (option 1) vous met en contact avec une infirmière, 24 heures sur 24. En cas de problème grave ou urgent, composez le 9-1-1 ou rendez-vous à l'urgence. Pour une épicondylite qui dure, la kinésithérapie est une bonne porte d'entrée : le traitement repose sur l'exercice progressif et l'adaptation de vos tâches. Si la douleur fait suite à une blessure récente, la physiothérapie offerte par nos partenaires peut être préférable. En cas d'hésitation, notre page Qui consulter vous oriente. Ce texte résume ce que disent les études et les lignes directrices. Il ne remplace pas l'examen de votre coude par un professionnel, et votre médecin reste la personne qui pose le diagnostic, décide d'une infiltration et gère vos médicaments.

Si votre coude vous limite depuis des semaines, une évaluation en kinésithérapie permet de trouver le bon point de départ et de bâtir une progression que votre tendon peut suivre.



Pour aller plus loin

Sources

  1. Lucado A.M. et coll. Lateral Elbow Pain and Muscle Function Impairments: Clinical Practice Guidelines Linked to the International Classification of Functioning, Disability and Health from the Academy of Hand and Upper Extremity Physical Therapy and the Academy of Orthopaedic Physical Therapy of the American Physical Therapy Association. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2022. doi.org/10.2519/jospt.2022.0302

  2. Coombes B.K. et coll. Efficacy and safety of corticosteroid injections and other injections for management of tendinopathy: a systematic review of randomised controlled trials. The Lancet, 2010. doi.org/10.1016/S0140-6736(10)61160-9

  3. Coombes B.K. et coll. Effect of Corticosteroid Injection, Physiotherapy, or Both on Clinical Outcomes in Patients With Unilateral Lateral Epicondylalgia: A Randomized Controlled Trial. JAMA, 2013. doi.org/10.1001/jama.2013.129

  4. Gouvernement du Québec. Info-Santé 811. Québec.ca, consulté en octobre 2026. quebec.ca/sante/trouver-une-ressource/info-sante-811

  5. Haahr J.P. et coll. Prognostic factors in lateral epicondylitis: a randomized trial with one-year follow-up in 266 new cases treated with minimal occupational intervention or the usual approach in general practice. Rheumatology, 2003. doi.org/10.1093/rheumatology/keg360

  6. Karanasios S. et coll. Exercise interventions in lateral elbow tendinopathy have better outcomes than passive interventions, but the effects are small: a systematic review and meta-analysis of 2123 subjects in 30 trials. British Journal of Sports Medicine, 2020. doi.org/10.1136/bjsports-2020-102525

L'équipe de Système Santé, Rosemère

Publié le 20 octobre 2026 · Dernière mise à jour : 20 octobre 2026

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