Douleur à la cheville qui ne se replace pas : entorse mal guérie et instabilité

C'est arrivé l'été dernier, en randonnée dans les Laurentides : un pied mal posé sur une racine, la cheville qui tourne, l'enflure le soir même. Après quelques semaines, vous marchiez de nouveau. Mais depuis, la cheville « lâche » au soccer du mardi, sur un trottoir inégal ou en descendant une pente. Une entorse de cheville qui traîne peut s'améliorer. Le problème ne tient pas qu'au ligament, et il se travaille.
En bref • Après une première entorse, une partie des gens gardent une cheville instable plus d'un an; les estimations varient beaucoup selon les études. • Le problème ne tient pas qu'au ligament : l'équilibre, la force et le contrôle des mouvements sont souvent touchés. • L'exercice supervisé est le traitement recommandé, avant toute chirurgie. • L'entraînement de l'équilibre réduit les récidives chez les gens actifs qui ont déjà eu une entorse. • Après une nouvelle torsion, si vous ne pouvez pas faire quatre pas, consultez un médecin.
Pourquoi mon entorse de cheville traîne-t-elle depuis des mois?
Une entorse latérale, c'est un étirement ou une déchirure des ligaments sur le côté extérieur de la cheville. Chez beaucoup de gens, tout rentre dans l'ordre. Chez d'autres, la cheville reste fragile.
Les chercheurs ont donné un nom à ce problème : l'instabilité chronique de la cheville. Selon un modèle publié en 2019, on en parle quand plus de 12 mois se sont écoulés depuis la première entorse. La cheville tend alors à se tordre de nouveau, donne des sensations de dérobement et garde des symptômes. Ce sont, par exemple, de la douleur, de l'enflure, une raideur, une faiblesse ou une fonction réduite.
Le nombre de gens touchés varie selon la façon de mesurer. Le modèle de 2019 et une ligne directrice publiée en 2018 parlent de jusqu'à 40 % des personnes après une première entorse. Une méta-analyse de 2022, qui n'a retenu que des premières entorses, donne un portrait plus rassurant. La sensation d'instabilité touchait environ 38 % des gens à trois mois, 16 % à six mois et 8 % à un an. Après un an, environ 16 % avaient refait une entorse. La douleur résiduelle suivait la même pente : près d'une personne sur deux à trois mois, environ 7 % à un an.
L'amélioration continue souvent jusqu'à un an, mais une minorité importante garde des séquelles.
Est-ce seulement un ligament trop étiré?
On imagine souvent un ligament « trop lâche », mais le problème est plus large. Le modèle de 2019 décrit un ensemble de problèmes qui s'entretiennent. Il y a la mécanique de l'articulation. Il y a aussi les sensations qui informent le cerveau sur la position du pied, et la façon de bouger.
Une étude a suivi 82 personnes après une première entorse, pendant un an. Deux semaines après la blessure, celles qui n'arrivaient pas à réussir un saut suivi d'une réception sur une jambe étaient plus à risque d'instabilité un an plus tard. À six mois, un moins bon équilibre en mouvement prédisait aussi l'instabilité. Ces résultats viennent d'une seule cohorte : ils indiquent une piste, pas une règle.
C'est ce qu'on appelle la proprioception : le sens qui permet au cerveau de savoir, sans regarder, où se trouve votre pied et comment il se pose. Quand il est mal rééduqué, la cheville réagit trop tard au terrain inégal.
Quels exercices règlent une instabilité de cheville?
L'exercice est le cœur du traitement. La ligne directrice de 2018 sur l'entorse de cheville préfère les programmes d'exercices supervisés aux traitements passifs, parce qu'ils aident la cheville à retrouver sa stabilité. Elle recommande de réserver la chirurgie aux cas qui ne répondent pas à un traitement complet par l'exercice.
Trois familles d'exercices reviennent dans les études.
L'équilibre. Une méta-analyse de 2024 a regroupé 9 essais et 341 personnes ayant une instabilité chronique. L'entraînement de l'équilibre améliorait le score d'instabilité, l'équilibre en mouvement et les capacités dans les activités sportives. Comparé au renforcement, il donnait des résultats semblables pour la stabilité, mais un peu meilleurs sur les questionnaires de fonction.
La force. Le renforcement des muscles de la jambe et du pied fait partie des programmes efficaces. Une méta-analyse de 2025 sur 15 essais et 586 participants conclut que les programmes de plus de quatre semaines, qui combinent plusieurs types d'exercices, donnent les meilleurs résultats.
Le retour au mouvement. Sauts, réceptions et changements de direction viennent en dernier, quand la cheville tient sur une jambe sans broncher.
Pour les récidives, une méta-analyse de 2015, résumée en 2017 dans le Journal of Athletic Training, a porté sur des gens actifs ou sportifs. Chez ceux qui avaient déjà eu une entorse, l'entraînement de l'équilibre réduisait d'environ un tiers le risque d'en refaire une. Une revue plus ancienne apporte une nuance. Ce bénéfice est bien démontré après une entorse récente, mais les données manquent encore pour les gens qui ont déjà une instabilité chronique. On le présente donc comme probable dans ce cas, pas comme certain.
La ligne directrice de 2018 ajoute qu'une orthèse de cheville est une option efficace pour prévenir une nouvelle entorse.
Faut-il attendre que ça se replace tout seul?
Les symptômes diminuent souvent jusqu'à un an, comme le montre la méta-analyse de 2022. Mais si, après plusieurs mois, la cheville lâche encore, l'attente seule n'est pas le traitement recommandé. La ligne directrice de 2018 mise plutôt sur l'exercice supervisé que sur les traitements passifs. Les deux signes prédictifs relevés dans l'étude de 2016, les sauts difficiles et l'équilibre en mouvement, sont justement ce que la rééducation travaille.
Que fait concrètement le kinésithérapeute dans ce cas?
À notre clinique de Rosemère, une entorse qui traîne depuis plus de six semaines est le plus souvent prise en charge en kinésithérapie par Steven St-Pierre. Steven est kinésiologue spécialisé en thérapie manuelle et en troubles musculosquelettiques, membre de l'AKKOMQ. Il commence par l'histoire de la blessure et des épisodes de dérobement. Il examine ensuite la mobilité de la cheville et la force du mollet et des muscles du pied. Il observe aussi votre équilibre sur une jambe, les yeux ouverts puis fermés. Le plan combine, selon le cas, des techniques manuelles et une progression d'exercices. On travaille l'équilibre et la force, puis les sauts et les changements de direction propres à votre sport ou à vos sentiers. Le stationnement est gratuit et l'entrée est de plain-pied.
Quand consulter, et qui
Consultez un médecin ou rendez-vous à l'urgence si, après une nouvelle torsion, vous n'arrivez pas à faire quatre pas. Même chose si l'os est douloureux au toucher sur le bord arrière ou la pointe d'une malléole, les bosses de chaque côté de la cheville. Ces signes font partie des règles d'Ottawa, utilisées pour décider si une radiographie est nécessaire. Pour une question non urgente, Info-Santé 811 permet de joindre une infirmière, 24 heures par jour. En cas de problème grave, composez le 9-1-1. Votre médecin pose le diagnostic, décide d'une imagerie et vous oriente vers un chirurgien si le traitement par l'exercice échoue. Le kinésithérapeute est le professionnel de première ligne pour une cheville qui reste instable plus de six semaines après l'entorse. Le physiothérapeute est indiqué pour une entorse récente, dans les premières semaines. Nos physiothérapeutes partenaires, membres de l'Ordre de la physiothérapie du Québec, reçoivent les demandes par le formulaire de notre page Physiothérapie. En cas d'hésitation, notre page Qui consulter vous oriente. Ce texte résume ce que disent les études et les lignes directrices. Il ne remplace pas l'examen de votre cheville par un professionnel, ni votre médecin pour le diagnostic.
Passer à l'action
Si votre cheville lâche encore des mois après une entorse, une évaluation en kinésithérapie permet de trouver ce qui manque, entre l'équilibre, la force et la mobilité. Elle sert ensuite à bâtir la progression qui vous ramène sur le terrain.
Pour aller plus loin
Sources
Hertel J et al. An Updated Model of Chronic Ankle Instability. Journal of Athletic Training, 2019. doi.org/10.4085/1062-6050-344-18
Vuurberg G et al. Diagnosis, treatment and prevention of ankle sprains: update of an evidence-based clinical guideline. British Journal of Sports Medicine, 2018. doi.org/10.1136/bjsports-2017-098106
Michels F et al. The presence of persistent symptoms 12 months following a first lateral ankle sprain: A systematic review and meta-analysis. Foot and Ankle Surgery, 2022. doi.org/10.1016/j.fas.2021.12.002
Doherty C et al. Recovery From a First-Time Lateral Ankle Sprain and the Predictors of Chronic Ankle Instability: A Prospective Cohort Analysis. The American Journal of Sports Medicine, 2016. doi.org/10.1177/0363546516628870
Guo Y et al. A systematic review and meta-analysis of balance training in patients with chronic ankle instability. Systematic Reviews, 2024. doi.org/10.1186/s13643-024-02455-x
Zhang C et al. Effectiveness of exercise therapy on chronic ankle instability: a meta-analysis. Scientific Reports, 2025. doi.org/10.1038/s41598-025-95896-w
Rivera MJ et al. Proprioceptive Training for the Prevention of Ankle Sprains: An Evidence-Based Review. Journal of Athletic Training, 2017. doi.org/10.4085/1062-6050-52.11.16
McKeon PO et al. Systematic Review of Postural Control and Lateral Ankle Instability, Part II: Is Balance Training Clinically Effective? Journal of Athletic Training, 2008. doi.org/10.4085/1062-6050-43.3.305
Bachmann LM et al. Accuracy of Ottawa ankle rules to exclude fractures of the ankle and mid-foot: systematic review. BMJ, 2003. doi.org/10.1136/bmj.326.7386.417
Gouvernement du Québec. Info-Santé 811 (consulté le 20 octobre 2026). quebec.ca
L'équipe de Système Santé, Rosemère
Publié le 20 octobre 2026 · Dernière mise à jour : 20 octobre 2026


Commentaires